Le temps passe, la société se crispe ou se détend, mais la nuit demeure, encore et toujours, cet espace de liberté qui bouscule l’ordre de la journée. La nuit tombe et les minorités se lèvent, prennent la lumière et les commandes. Et dans cette parenthèse nocturne électrique, avant même que le mot n’existe, les queers représente le moteur de la fête, carburant à la liberté, au mélange et à l’ivresse. De la Belle Époque à hier soir, le “Gay Paree” leur doit tout. Retour en huit adresses marquantes sur l’histoire des nuits queers de la capitale.
1978 – Le Village
En 1978, le Marais est un quartier d’artisans périclitant à immeubles lépreux et rues désertées la nuit tombée. Joël Leroux, contrôleur de gestion qui s’ennuie, décide de changer de vie et achète avec un ami un vieux café, rue du Plâtre. Le Village, le premier bar gay du Marais, est né ! Contrairement aux établissements de la rue Saint-Anne hors de prix et très sélectifs, ce bar-là est sans judas, accessible et abordable, ouvert sur la rue. Le succès est tel que la foule (à moustache) déborde sur le trottoir. La vie gay s’affiche comme jamais et va changer le visage du quartier.
LE PREMIER BAR GAY du Marais, c’est lui, Joël Leroux, qui l’a ouvert en décembre 1978. Alors jeune comptable, il s’ennuie ferme dans son boulot. Désireux de « changer de peau », comme il dit, il rachète pour une bouchée de pain le fonds de commerce d’un « café-plats du jour » qui somnolait rue du Plâtre (IV e arrondissement) : le Village, ainsi baptisé par référence au quartier branché de New York, est né. A l’époque, le Marais n’est pas gay du tout : le jour, les homosexuels sortent à Saint-Germain-des-Prés, au Flore ou à l’Apollinaire ; la nuit, ils vont danser dans les boîtes de la rue Sainte-Anne. « Le Village a été le premier bar homo ouvert sur l’extérieur, sans sonnette, ni judas, ni videur à l’entrée », se souvient Jean-Paul Pouliquen, membre du Collectif Pacs. De midi à 2 heures du matin, le nouveau café est largement ouvert sur la rue. « Partant du principe que nous n’avons rien à cacher, je voulais que les gens puissent voir de l’extérieur ce qui se passe à l’intérieur et vice versa », explique Joël Leroux.
Les pionniers du Gai Marais, un documentaire de Franck Thoraval et Thomas Dutter, France Culture, émission La Fabrique de l’Histoire, 18 octobre 2018.
Avec la participation de Peter Bertoux, galeriste, Daniel Defert, président-fondateur de Aides, Hervé Latapie, président du Centre LGBT Paris IDF et fondateur de l’association « Paris Gay Village » en 2004, Joël Leroux, ancien propriétaire des bars Village et du Duplex et Marc Sabatier de la librairie « Au dessous du Volcan »
Si la fin des années 1970 était marquée par les bars clos de la rue Sainte-Anne à Paris, le déplacement des lieux de nuit homosexuels vers le quartier du Marais correspond à la fin de l’invisibilisation des gays dans l’espace public.
Lorsqu’en décembre 1978, deux amis ouvrent dans le Marais le premier bar homosexuel, populaire et ouvert sur la rue, le quartier est en pleine mutation suite à la loi Malraux et à l’ouverture du Centre Pompidou.