Livres

Jeremy Atherton Lin, Gay Bar : Pourquoi nous sortions le soir, Préface de Cy Lecerf-Maulpoix, Traduit de l’anglais (États-Unis) par Michael Belano, Tusitala Editions, 2024.

Il y a d’abord eu, en 1991, le Village Soho [à Londres] dont le nom est, comme le souligne Andersson*, soit un clin d’oeil au quartier de Manhattan, soit au Village, le bar qui avait ouvert ses portes en 1978 dans le Marais à Paris, posant les premiers jalons de la transformation du quartier.”

Page 115.  (*Johan Andersson)


Colin Giraud, Quartiers gays, PUF, Le lien social, 2014.

“Le premier bar gay du Marais, Le Village, ouvre en décembre 1978, rue du Plâtre (…)”. Page 18.

“ Dès 1980, on peut fréquenter Le Central ou Le Village dès midi dans le Marais (…) ». Page 21.

Citation d’un article de Gai Pied : “Ouvert en décembre 78, Le Village a tout de suite rempli un créneau manquant dans la scène parisienne pédé. Pratiquant une politique de bas prix inconnue pour Paris, il s’est rapidement constitué une clientèle d’habitués réguliers, mais a continué aussi à être un lieu de passage, en particulier pour les touristes étrangers. Le Village a aussi permis aux gais de se retrouver dans la journée, avant ou après le travail dans une ambiance exclusivement pédé. Il a innové l’horizon homosexuel parisien en proposant une alternative possible aux pratiques financières abusives de nombreux clubs souvent dirigés par des hétéros, où tout est bon pour plumer les pigeons gais qui s’y rendent. Il a aussi mis un terme au privilège hétérosexuel de pouvoir “prendre un verre” au café d’à côté, privilège battu en brèche depuis longtemps dans de nombreuses villes d’Amérique. (Gai Pied, n° 18, 1980.).

Pages 21 et 22.


Frédéric Martel, La Longue marche des gays, Découvertes Gallimard, 2002.

C’est au tournant des années 1970 que des quartiers gays se constituent aux Etats-Unis et dans les grandes capitales européennes. Greenwich Village à New York, le Castro à San Francisco, West Hollywood à Los Angeles, South End à Boston deviennent de véritables urban villages gay. Les homosexuels y débarquent, tout frais arrivés de leur Midwest natal, ou des Etats du Sud, et s’y installent.

Ce mouvement réalise concrètement la « démocratisation » de la vie gay, et accompagne son ouverture vers le jour. En un sens, la sociabilité de ces quartiers et le commerce qui les caractérisent poursuivent le travail militant initial et parachèvent à leur façon l’émancipation homosexuelle. A Paris, le même phénomène se produit : il est même accentué par la disparition de l’ancienne zone nocturne de la rue Sainte Anne, délaissée, et bientôt désertée, au profit d’un nouveau quartier : le Marais. Et à l’axe Opéra/Palais Royal, très en vogue tout au long des années 1970 succède alors l’axe Les Halles/le Marais.

En décembre 1978, le premier bar gay du quartier ouvre, rue du Plâtre, avec un nom aussi emblématique que prémonitoire : le Village. C’est un troquet à l’américaine ouvert dès l’après-midi, à l’image du petit café du coin, qui accueille « les homos devenus les gays de tous les jours ».

Chapitre 3 Pages 51 et 52


Frédéric Martel, Le rose et le noir. Les homosexuels en France depuis 1968, Editions du Seuil, collection Points, Avril 1996 et Septembre 2000 (Nouvelle édition revue et augmentée)


 « Fin 1978, Joël Leroux a inauguré Le Village, premier bar gai du Marais. Fin 1980, Maurice Mc Grath ouvre Le Central. Subtiles nuances : au Village, les homosexuels sont butch – macho -, chemises à carreaux de bûcherons et blousons d’aviateurs en cuir (flying-jacket), tandis qu’au Central les « clones » portent la moustache et se moquent des « folles ». Dans les deux cas, le brassage social est caractéristique : des stagiaires de l’école hôtelière côtoient des patrons de la haute-couture, des lecteurs des Amitiés particulières discutent avec des lecteurs des Caves du Vatican. Un membre du conseil d’Etat viril comme un flic de Tom of Finland fricote avec un danseur asexué et « flexible » (pour bisexuel). La clientèle apprécie le tutoiement. On écoute YMCA de Village People (1978), Depuis qu’il vient chez nous de Dalida (1979), Si j’étais un homme de Diane Tell (1980). On ne danse pas, on cherche un partenaire pour la nuit, rarement pour toujours. C’est le temps du « je-te-plais-tu-me-plais » suivi du passage à l’acte, symbolisé par le roman Tricks de Renaud Camus. Taxi Girl chante Cherchez le garçon (1980). Les gais sont obsédés par la quête du Graal érotique. ».

Pages 10-11

« En décembre 1978, le quartier accueille le premier bar gai, Le Village, rue du Plâtre. C’est un petit troquet à l’américaine ouvert dès l’après-midi, à l’image du petit café du coin, et dans lequel Joël Leroux, le patron, accueille « les homos devenus des gais de tous les jours » (il ouvra Le Duplex, rue Michel-le-Comte, en juillet 1980). Dans le foulée, s’ouvrent le 10 rue du Perche (novembre 1979), Le Central (septembre 1980), Le Piano Zinc (juin 1981), Le Coffee Shop (octobre 1981), Le Swing ‘printemps 1983, devenu en juin 1993 le célèbre Amnésia café)[1]…L’ouverture de chaque nouveau bar est fêtée joyeusement comme une nouvelle étape de la marche triomphale du désir. Cela explique aisément le succès immédiat du Marais et confirme qu’il correspondait à une attente étroitement liée à « la sortie du placard ».

Page 296.


[1] En parallèle des lieux bisexuels, comme l’était le Flore, ouvrent aux Halles : le Café Costes en 1984, le Café Beaubourg en 1987. (Ce dernier connaîtra d’ailleurs un succès durable ; voir son histoire : F. Martel, « le Café Beaubourg, tentative d’inventaire d’un lieu parisien », La NRF, Gallimard, juin 1999.

 « Compte tenu de ce contexte en 1985 et étant donné l’urgence, les pionniers de la lutte contre le sida en France décident d’intervenir eux-mêmes dans les bars gais, à commencer par ceux dont les patrons, pour avoir récemment séjourné aux Etats-Unis, ou pour connaître déjà des malades, sont davantage réceptifs. Une première sortie a lieu le 13 février 1985 à la soirée White Party du Palace mais c’est surtout au Piano Zinc, l’espace café-concert créé en 1981 par Jürgen, que les militants d’Aides prennent l’habitude, dès le 10 mars 1985, de distribuer des brochures contre le sida. Rapidement, ils instaurent au bar d’art Le Duplex, toujours dans le Marais, des réunions hebdomadaires sur le sida grâce à la mobilisation immédiate de Joël Leroux, son patron.[2]`

Pages 385-386


[2] Franck Arnal est présent dans la salle lors de ces premières réunions, mais ne croit pas utile de s’en faire l’écho dans Gai Pied.